CIEL BLEU À PÉKIN?

Par Marie O’Neill

Où est donc passé la sagesse chinoise? Au début du XXIème, la banque mondiale recense 16 des 50 villes les plus polluées au monde en Chine. La pollution atmosphérique est une altération de la pureté de l’air par une ou plusieurs substances qui sont susceptibles de créer des effets toxiques. En 2006, suite à de fortes tempêtes de sable qui touchent la capitale chinoise, les seuils de sécurité sont dépassés : on atteint des sommets de 300µg/m³/h de particules fines dans l’air alors que la limite à ne pas dépasser pour assurer la protection de la santé humaine est située à 50µg/m³ par jour[1]. Cette panoplie de chiffres affolant nous permet de comprendre pourquoi les Chinois portent tous des masques : la pollution de l’air semble désormais faire partie intégrante du quotidien. Cependant, y a-t-il réellement une contradiction fondamentale entre les aspirations au développement des pays en transition et la capacité de l’écosystème à faire face aux pressions que suscite ce développement?

Afin de répondre à cette question, nous expliquerons pourquoi la pollution de l’air, en Chine, comme ailleurs,  inquiète la scène internationale de manière générale. Puis, nous verrons où en est la Chine en ce qui concerne le développement durable, comment elle tente de remédier à la situation. Enfin, nous étudierons les mesures qui ont été mises en place dans le but de faire face à l’immense défi qu’est celui que pose la pollution atmosphérique.

La pollution atmosphérique, pourquoi la scène internationale s’affole-t-elle?
De manière générale, la pollution atmosphérique effraie pour trois principales raisons.
Tout d’abord parce qu’elle représente une menace directe pour la santé et la qualité de vie des individus. En effet, la pollution atmosphérique est responsable d’une claire augmentation des maladies respiratoires et cardio-vasculaires. Elle est une des causes de la surmortalité. Ensuite, la pollution de l’air endommage de façon non-négligeable les écosystèmes ainsi que les infrastructures. Enfin, elle est également la cause de coûts économiques indirects qui viennent se manifester après un certain laps de temps[2].

Cependant, il existe des moyens d’influer sur l’ampleur de ces conséquences. Il s’agit des trois canaux d’influence qui peuvent déterminer les impacts économiques globaux de la croissance sur l’environnement : l’échelle de l’activité économique, la structure de l’activité économique et la technologie qui permet à un même produit d’être fabriqué de différentes manières. En fonction de l’utilisation de ces trois canaux la pollution par unité de PIB sera plus ou moins forte[3].

Cependant, aujourd’hui, la situation critique oblige tous les pays à se mobiliser en vue de réduire les émissions de gaz néfaste, les pays en développement inclusivement. On ne peut plus se permettre, à l’heure actuelle, de se contenter de constats, il faut trouver des solutions et obtenir des résultats probants.

La pollution atmosphérique, le cas effrayant de la Chine
Pourquoi la Chine est-elle le deuxième plus gros pollueur du monde? Pourquoi suscite-t-elle tant d’inquiétudes? Il faut ici évoquer les «trois S» : Speed, Size et Scarcity. Il s’agit tout d’abord des vingt-cinq ans entre 1978 et la fin des années 90 où les taux de croissance annuelle moyens de son PIB s’élevaient à plus de 9.4%[4]. N’oublions pas non plus le point essentiel qu’est celui de la considérable population (1,3 milliard) qui peuple la Chine. Les comportements individuels n’ont jamais eu autant d’importance qu’au pays du milieu. Enfin, il ne faut pas oublier que la Chine souffre d’une relative rareté des ressources naturelles, de problèmes d’érosion et de désertification et voie l’offre en continuelle baisse face à la demande.  Voici comment les «trois S» constitue le cocktail explosif du développement chinois où l’attitude générale consiste à «polluer d’abord, nettoyer ensuite»[5]. La Banque Mondiale recense, en 2001, seize villes chinoises parmi les cinquante les plus polluées du monde. On parle de 130 millions de véhicules sur les routes chinoises en 2030 sans parler du bilan social et notamment sanitaire, prenant des tournures tragiques[6].

Alors, à l’aube du XXIième siècle, on sent s’éveiller en Chine une sorte de conscience collective, difficile mais bel et bien en marche.  La «State Environmental Protection Administration» (SEPA) publie en 2005 un livre blanc sur l’état de la protection de l’environnement en Chine. À l’intérieur, le co-directeur de la SEPA, Pan Yue, s’interroge sur le modèle de développement et sur ses conséquences à long terme sur la société chinoise. À sa demande, 6143 usines sont fermées, 82 projets non respectueux des normes environnementales sont bloqués et un PNB vert visant à lier développement économique et problèmes environnementaux est mis en place[7].  À l’échelle de la Chine, il s’agit d’un petit pas mais qui prouve l’existence d’une prise de conscience des autorités chinoises vis-à-vis de la gravité des atteintes à l’environnement et une montée en force des exigences de contrôle[8].

Alors si l’espoir d’un avenir vraiment vert demeure pour l’instant du domaine de l’utopie en Chine, on peut apprécier comme, en trente ans, le pays acquiert des structures bureaucratiques ainsi que des lois de protection de l’environnement sans oublier les nombreuses campagnes de prévention et d’éducation édifiées. Et même si ni les mesures ni les sanctions ne sont jamais assez fortes, elles permettront d’atténuer les conséquences sociales d’une crise écologique qui promet d’être de longue durée.

Bibliographie

Ho, P. et E.B. Vermeer. 2006. China’s limits to growth. Greeding state and society. Victoria : blackwell publishing.

Lorrain, Dominique. 2008. L’environnement en Chine : le rapport SEPA-NBS. Entreprise et histoire 9numéro50, p.150-154)

Obriger, Frédéric. 2007. La croissance économique chinoise au péril de l’environnement : une difficile prise de conscience. Hérodote (numéro 125, p.95 À 104).

OCDE. Études économiques. 2004. 5-Développement durable. En ligne. http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=EE_0402_0175&DocId=21522&Index=%2Fcairn2Idx%2Fcairn&TypeID=226&HitCount=4&hits=2238+2237+e42+e3f+0&fileext=html#hit1 (page consultée le 29 mars 2010)

Zugran, Natalia. 2009. Les facteurs de la dépollution dans les pays en transition. Recherches écologiques de Louvain (vol. 75, p.461-501)


[1] Ho, P. et E.B. Vermeer. 2006. China’s limits to growth. Greeding state and society. Victoria : blackwell publishing.

[2] OCDE. Études économiques. 2004. 5-Développement durable. En ligne.

[3] Zugran, Natalia. 2009. Les facteurs de la dépollution dans les pays en transition. Recherches écologiques de Louvain (vol. 75, p.461-501

[4] Obriger, Frédéric. 2007. La croissance économique chinoise au péril de l’environnement : une difficile prise de conscience. Hérodote (numéro 125, p.95 À 104).

[5] Ibid.

[6] Obriger, Frédéric. 2007. La croissance économique chinoise au péril de l’environnement : une difficile prise de conscience. Hérodote (numéro 125, p.95 À 104).

[7] Obriger, Frédéric. 2007. La croissance économique chinoise au péril de l’environnement : une difficile prise de conscience. Hérodote (numéro 125, p.95 À 104).

[8] Lorrain, Dominique. 2008. L’environnement en Chine : le rapport SEPA-NBS. Entreprise et histoire 9numéro50, p.150-154)

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04 2010

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